Stratégies d’encadrement

Extraits du Guide d’intervention institutionnelle : pour favoriser la réussite éducative des étudiantes et des étudiants autochtones du Cégep de Baie-Comeau, de Nathalie Santerre.


 

Les stratégies d’encadrement

 

1.1  Miser sur la proximité physique et le regard [1]

  • Les étudiants autochtones apprécient qu’on s’approche d’eux pour leur enseigner. Il ne faut pas craindre de se pencher vers eux, ou de toucher leur main ou leur bras pour guider un geste lors d’un laboratoire. L’enseignant ou l’intervenant peut également les regarder directement dans les yeux.
  • Lorsque l’enseignant ou l’intervenant les rencontre à son bureau, autant que possible, il vaut mieux éviter qu’il n’y ait des meubles entre eux. Inviter l’étudiante ou l’étudiant à s’assoir et prendre place près de lui. Cela favorise le lien de confiance et permet à l’élève de mieux s’exprimer sur son vécu.
  • Il n’est pas nécessaire de répondre ou de parler beaucoup lors des entretiens avec ces étudiants. Ils souhaitent être écoutés, sans jugement. S’ils perçoivent de l’intérêt, ils iront voir l’enseignant ou l’intervenant régulièrement.

 

 

1.2  Personnaliser son encadrement sans favoritisme

Les étudiants autochtones hésitent à demander de l’aide aux divers intervenants du cégep, par crainte que cette demande soit perçue comme une demande de privilège.

Les étudiants autochtones souhaitent que les enseignants et les membres du corps professionnel soient sensibles à leur réalité. Cependant, ils demeurent unanimes sur un point : cette sensibilité n’implique aucunement le favoritisme. Ils auront davantage de respect et de confiance envers un enseignant qui accorde la note zéro quand elle est méritée qu’envers un enseignant qui les laisse passer par sympathie ou par pitié.

De plus, les étudiants autochtones hésitent à demander de l’aide aux divers intervenants du cégep, par crainte que cette demande soit perçue comme une demande de privilège, « un accord raisonnable ». Ce comportement explique peut-être pourquoi ces étudiants consultent uniquement en situation de crise et ne se présentent pas aux rencontres de suivi. La lecture du fait vécu suivant permet de bien saisir toute l’importance à accorder à la relation avec les étudiants autochtones au Cégep de Baie-Comeau.

 

Pour Angela, qui va à l’université

Texte de Marie-Christine Bernard, publié le 6 avril 2014 sur mauvaiseherbe.ca

Il y a quelques années déjà, j’ai publié un roman jeunesse intitulé : « La Confiture de rêves ». Ceux qui l’ont ouvert, depuis, ont peut-être vu cette dédicace : « Pour Angela, qui va à l’université ». Il y a une histoire derrière cette dédicace, une histoire qui a trouvé sa conclusion cette semaine. Une conclusion en tout cas. Une belle.

C’est l’histoire d’une jeune femme originaire de la communauté Crie d’Oujé-Bougoumou (près de Chibougamau) qui est venue faire un DEC en soins infirmiers au Collège d’Alma. Elle devait donc poursuivre le programme le plus difficile du cursus collégial et ce, en français. Sa troisième langue, après le Cri et l’anglais. Ç’a été dur. Les cours de littérature et de philo, entre autres, demandaient des travaux écrits et des lectures dont la difficulté la jetait parfois dans des colères redoutables. Impuissance, frustration, déception ont été son lot quotidien. Chaque succès était gagné de haute lutte. J’ai vu cette guerrière se battre. Travailler fort. Recommencer, inlassablement, les exercices difficiles. Poser des questions, demander de l’aide, faire du rattrapage au besoin. Le support socio-académique que le collège d’Alma offre à cette clientèle, par le biais de son Centre autochtone, où j’oeuvre à côté de ma tâche d’enseignante depuis 2002, a bien sûr été partie prenante de son parcours. Mais c’est elle, et elle seule, qui a réussi ses cours, l’un après l’autre, tout en élevant ses deux enfants et en gérant les nombreuses (vous seriez étonnés, sérieux) problématiques inhérentes à la condition d’autochtone en ce pays.

Mais quel est le lien avec le roman jeunesse? J’y viens.

Depuis que j’ai commencé à enseigner, en 1992, je fais la lecture à mes étudiants en début de cours. Bien sûr, c’est sous l’influence du cher Pennac, dont ma mère m’avait offert Comme un roman pour célébrer ma première job de prof, au cégep de Matane. Ce livre a beaucoup influencé mon enseignement, et l’influence encore. J’y replonge de temps en temps. Mais bon, je m’éloigne de mon sujet.

Cette année-là, donc, à la session d’automne, il y a dans ma classe cette belle grande jeune femme Crie, et une autre belle grande jeune femme, Innue celle-là. Contrairement à mon habitude d’offrir plutôt des classiques en lecture, je décide de lire un manuscrit qui traîne dans mes tiroirs, une histoire de sorcière ostracisée et d’enfants rebelles, et de problèmes liés à la différence. On teste comme ça nos histoires, des fois. Chaque cours commençait par un chapitre, ou deux, des Mésaventures de Grosspafine. On a eu bien du plaisir. Et en particulier cette jeune femme Crie, qui à la fin de la session m’a vivement conseillé de publier ce livre.

Au retour des vacances de Noël, la jeune femme Crie vient me visiter dans mon bureau pour m’annoncer deux choses : 1. qu’elle est contente d’être à nouveau dans ma classe; 2. qu’elle a acheté des livres pour ses enfants pour Noël, et qu’elle leur fait désormais la lecture. Et puis elle m’a fait une confidence étonnante (enfin à l’époque ça m’a étonnée…).

— Tu sais, tu as été la première personne de ma vie qui m’a lu une histoire.

Elle a la jeune trentaine, alors.

— Mais ta maman ne t’a jamais, jamais lu d’histoires, même quand tu étais toute petite?

— Ma maman, elle ne sait pas lire.

Révélation. Maintenant je le sais que bien des jeunes qui arrivent des communautés autochtones pour faire leur cégep ont été élevés par des parents ne sachant pas lire, ou à peine. On mesure le degré de difficulté supplémentaire : jamais ces parents n’ont pu aider aux devoirs durant le parcours primaire et secondaire. Jamais. On mesure aussi, par la même occasion, le degré de détermination nécessaire pour poursuivre au collégial et réussir. Je dois préciser que l’analphabétisme régresse quand même au sein des Premières Nations puisque de plus en plus de jeunes accèdent aux études supérieures. Mais ça c’est un autre dossier. Revenons à la jeune femme Crie.

En sortant de mon bureau, elle s’est retournée pour me dire : « Tu sais, tu dois vraiment publier ce livre pour les enfants. Il est bon. » Je lui ai répondu que je le proposerais à un éditeur et j’ai ajouté un peu à la blague que, s’il était publié, je le lui dédierais. Promis. On s’est quittées en riant et en se souhaitant bonne session.

J’ai fini par proposer mon manuscrit à un éditeur. L’année suivante, le jour même où j’ai eu le oui de Hurtubise pour la publication de La Confiture de rêves, la jeune femme Crie m’a appris qu’elle avait été acceptée à l’université, au BAC en Soins infirmiers. Alors j’ai ajouté à mon manuscrit la dédicace. « Pour Angela, qui va à l’université ». Je ne le lui ai pas dit. Le soir du lancement, quelques mois plus tard, elle était là, et elle a découvert son nom imprimé dans le livre avec la même encre que l’histoire. Les larmes aux yeux toutes les deux, nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre. Nous avions en partage la réalisation d’un rêve. Et dans son cas, c’était un exploit pas mal plus impressionnant que le mien.

La jeune femme Crie, désormais mon amie, a entamé, donc, son parcours universitaire. Nous avons gardé contact, même si nous nous voyons très peu, chacune prise par sa vie. Nous nous racontons souvent nos rêves nocturnes, par écrit, et nous amusons à les analyser. Ce jeu dure depuis… je ne sais plus. Au moins depuis la fin de son cégep. J’aime cette jeune femme de caractère, profondément. Et elle est pour moi d’une grande inspiration, comme la plupart des jeunes femmes autochtones qui font des études collégiales. Si vous saviez tous les défis qu’elles doivent relever, tous les obstacles qu’elles doivent surmonter. Cela force l’admiration. Mais ça aussi c’est un autre dossier. On en reparlera une autre fois, d’accord?

Parce que le sujet de ce texte, c’est cette belle grande jeune femme Crie.

Cette semaine, elle a obtenu son diplôme universitaire. Elle est maintenant infirmière bachelière. Elle a dû faire ses études tout en travaillant à l’hôpital, et en élevant, toujours seule, ses deux enfants. C’est pas mal plus long comme ça, les études. Pendant qu’elle poursuivait son rêve, moi, j’ai eu le temps de publier deux recueils de nouvelles, un autre roman jeunesse et quatre romans grand public. C’est vous dire. Faut-il en avoir, de la persévérance, pour surmonter tous les découragements, tous les « j’y arriverai jamais », toutes les envies d’abandonner. Elle n’a pas abandonné. Elle a tenu le cap. Jusqu’au bout.

Et voilà qu’elle est la première de sa lignée, la première, dis-je, depuis vingt mille ans qu’elle existe cette lignée, à obtenir un diplôme universitaire. La première.

Watchyianishiimh Angela, ma belle Sauvage aux ailes déployées. Agoodah!

http://www.mauvaiseherbe.ca/2014/04/26/pour-angela-qui-va-a-luniversite/

 

1.3  Détecter le stress et la mauvaise gestion du temps par des actions préventives

Les étudiants autochtones ne démontrent pas ouvertement les signes de stress habituellement observés chez les Allochtones. La meilleure façon d’intervenir auprès de ces étudiants, afin de prévenir l’escalade du stress occasionné par une mauvaise gestion du temps, est de leur faire des rappels fréquents, par courriel et en classe, et de les encourager à noter les informations importantes dans leur agenda. Les étudiants autochtones voient positivement ces actions d’encadrement chez les enseignants. Ils ne perçoivent aucunement cela comme de l’ingérence. Cette forme d’encadrement les rassure et leur indique que leurs enseignants ou les intervenants, selon les cas, accordent un intérêt sincère à leur réussite.


1.4  Savoir comment gérer les retards, les comportements perturbateurs, les comportements de désengagement

De manière générale, les étudiants autochtones ont des comportements adéquats en classe.

Lors des entrevues auprès des enseignants et des membres du personnel professionnel, il y a eu consensus autour du fait que, de manière générale, les étudiants autochtones ont des comportements adéquats en classe. Lors des entrevues individuelles, les étudiants autochtones ont indiqué que les étudiants allochtones ont souvent des comportements perturbateurs en classe (parler fort et en même temps que l’enseignant ou un autre élève, ne pas faire les travaux, ne pas participer aux activités, etc.). Les étudiants autochtones ont alors affirmé qu’ils apprécient davantage un enseignant qui maintient la discipline et qui ne tolère pas le manque de respect dans la classe.

Pour ce qui est des retards et du désengagement dans les cours, les enseignants, le personnel professionnel et les étudiants autochtones considèrent tous que ces comportements découlent de la diminution de la motivation. Les enseignants associent les retards à un risque d’abandon du cours, ce qui est corroboré par les étudiants autochtones eux-mêmes. Par contre, il ne semble pas y avoir de solution miracle à proposer dans ces situations, si ce n’est la mise en place d’actions préventives. Par exemple, rencontrer individuellement un élève qui obtient un mauvais résultat permet de maintenir sa confiance et sa motivation.

Selon Viau, la motivation des étudiants est influencée par trois éléments : la perception de la compétence, la perception de contrôle et la perception de l’utilité des activités. Des informations très intéressantes à ce sujet sont disponibles dans le document Des conditions à respecter pour susciter la motivation des étudiants [2].

 

[1]Ces informations proviennent de l’analyse des entrevues effectuées à Baie-Comeau auprès des étudiants autochtones.

[2]Viau, R. (200). Des conditions à respecter pour susciter la motivation des étudiants. (http://correspo.ccdmd.qc.ca/Corr5-3/Viau.html). Consulté le 20 novembre 2014.

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