Transition secondaire-collégial

Figure 7

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs quant à la transition secondaire cégep

  La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions quant à la transition entre le secondaire et le collégial.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES:

Une adaptation

La préparation déficiente aux études collégiales a un impact majeur à l’arrivée au collégial des élèves autochtones puisqu’ils se heurtent à une cadence accélérée par rapport à ce qu’ils ont vécu antérieurement. De plus, ils doivent ajuster leurs méthodes de travail et respecter des échéanciers plus stricts. Ils planifient également leurs tâches en fonction de quinze semaines par session et non plus en fonction d’une année scolaire échelonnée sur dix mois. Ils ont aussi de la difficulté à s’adapter aux exigences de plusieurs enseignants et à assumer leurs responsabilités face à la remise des travaux et à la présence en classe.

« Mon amie me sort plein d’excuses. Il faut que je m’occupe de ci, il faut que je m’occupe de la maison, de mon fils, de mon chum. Là, je me dis, il y en a d’autres qui sont dans ta situation puis qui réussissent aussi vite. »

« Elle a coulé des cours pis c’était pas si grave que ça, elle disait j’ai coulé des cours, j’aurai plus ma bourse pour l’autre session. Elle trouvait ça triste, c’était plate parce qu’elle perdait sa gang, pis tout ça. Mais elle disait je réessayerai dans un an. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants allochtones

 

PERSONNEL ENSEIGNANT:

Une passerelle à établir

Les enseignants évoquent principalement la méconnaissance du rôle de cégépien comme obstacle à la transition des étudiants autochtones du secondaire au collégial. Bien souvent, ils sont des étudiants de première génération collégiale, c’est-à-dire, qu’ils sont les premiers dans leur famille a fréquenté le cégep. Personne dans leur entourage ne peut donc les renseigner sur ce qui les attend. Les élèves allochtones seraient avantagés à ce niveau puisque plus nombreux sont les gens de leur entourage à avoir fréquenté le cégep. Ils ont parfois entendu parler de certains enseignants. Cette situation ne se rencontre que très rarement du côté des élèves autochtones.

 

Selon les répondants, ce qui déstabilise les élèves autochtones à leur arrivée au cégep relève de plusieurs éléments, entre autres, de l’échéancier de quinze semaines pour réaliser l’ensemble des travaux et des évaluations et de la cadence accélérée pour étudier et planifier les travaux de session. Les étudiants autochtones auraient, selon les enseignants consultés, plus de difficulté à s’organiser à long terme. Ils ont tendance à se planifier au jour le jour.

 

Les enseignants abordent également le fait que plusieurs notions académiques de base manquent à leur formation et les désavantagent à leur arrivée au cégep : les calculs, la grammaire, les présentations orales et la gestion de l’agenda. Par contre, ce qui a été appris est beaucoup mieux intégré que chez les élèves allochtones. Quelques enseignants nous ont confié que les lacunes dans la préparation aux études collégiales ne se limitent pas uniquement aux élèves autochtones. Les élèves allochtones ne seraient pas plus prêts à vivre cette transition.

 

« J’suis pas sûr qu’ils ont eu une préparation à tout ça. S’ils l’ont eue, c’est peut-être avec des chums qui l’ont fait, mais non j’suis même, j’suis même pas en mesure de répondre à la question-là. »

« Au niveau des Innus, c’est plus dans le pas du tout la, la manière, la structure. Mais tsé j’veux dire si ça a pas été enseigné euh […] c’est pas de leur faute non plus tsé j’veux dire euh il faut que tu l’aies appris, faut que t’aies quelqu’un qui t’aie montré un petit peu euh comment t’enligner là. »

Extraits d’entrevues avec les enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

Une passerelle à établir

Les professionnels interrogés considèrent que les élèves autochtones qui arrivent au cégep possèdent peu d’outils et que leur choix de carrière est flou. Ils n’ont aucune méthode de travail et en connaissent peu du métier d’étudiant au collégial. Selon eux, les établissements scolaires de Pessamit ne les préparent pas bien à leur transition du secondaire au cégep. De plus, ils n’ont souvent pas de modèle dans leur famille puisqu’ils sont souvent les représentants de la première génération qui effectuera des études supérieures.

 

Comme il n’y a pas de communication entre les intervenants de Pessamit et ceux du collège, les professionnels avouent ne pas connaitre non plus les étudiants innus qui viennent étudier dans leur collège. Ils ignorent ses besoins et ses antécédents pédagogiques.

 

Les participants déplorent le fait qu’il n’y ait pas de ressources à Pessamit pour les orienter et clarifier leur choix de carrière. Ces étudiants s’inscrivent souvent dans un programme qui leur plait, sans se questionner à savoir s’ils détiennent les attitudes et les habiletés pour œuvrer dans le domaine qui en découle. De plus, la réduction du financement par le CLEFB a eu impact sur leur taux d’inscription. En effet, en ayant resserré les règles qui permettent de se qualifier pour recevoir l’allocation, moins d’étudiants s’y inscrivent.

 

« Ils ont tu des problèmes eux autres (à Pessamit) de retard, qu’est-ce qui font pour les retards, qu’est-ce qui font au niveau de la remise des travaux, comment ils font ça? Moi j’aimerais ça discuter avec des profs. »

« C’est de faire l’arrimage secondaire/collégial, comme ça c’est fait en math. Des rencontres avec les profs au secondaire, ça serait important. »

Extraits d’entrevues avec les professionnels

 

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

Apprendre des expériences passées et s’améliorer

Le groupe de discussion des experts innus s’est arrêté pour réfléchir sur les démarches réalisées au cours des dernières années afin de favoriser la transition des étudiants autochtones du secondaire au cégep. D’emblée, les participants conviennent que les étudiants qui terminent le secondaire ne possèdent pas encore toutes les compétences pour accéder au niveau collégial. Selon eux, ils ne sont pas prêts pour le collège, car ils ne se représentent pas efficacement l’ampleur du travail qui les attend. Ils ajoutent également que les élèves autochtones manquent de confiance en eux pour réussir leurs études collégiales et universitaires.

 

Certaines personnes qui œuvrent davantage au niveau de l’emploi considèrent la possibilité de mettre en place une forme de Programme préparatoire à l’entrée au collège et à l’université (PPECU). Ils mentionnent, par exemple, que l’activité « innu-rassemble » est très prometteuse sur ce plan. En effet, elle favorise le rapprochement des cultures autochtone et allochtone chez les élèves du secondaire. Il faudrait peut-être, selon les personnes consultées, exploiter davantage cette approche.

 

« Je pense aux jeunes du secondaire 5, la transition, y a un manque. Je parle pas d’un parent, d’un retour aux études, mais vraiment du jeune qui sort d’ici de l’école pour transférer au cégep. Cette période-là, il faudra l’étudier et voir ce qu’on peut faire pour faciliter à ces jeunes-là la transition. »

« Parce que moi je sais que dans mon parcours scolaire, quand je suis allée au cégep ça m’avait aidée, j’en avais ramassé, j’avais regardé une section, je ne sais pas trop où et j’avais trouvé plein de trucs là-dedans, comme étudiante, moi je me souviens que ça m’avait aidé. »

Extraits d’entrevues avec les intervenants

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

Le silence sur les projets

L’absence de contacts entre les deux groupes d’étudiants explique, encore une fois, la brièveté des échanges portant sur la transition secondaire-cégep lors des entrevues. Les étudiants rencontrés ignorent totalement quelles sont les raisons qui ont motivé les élèves autochtones à s’inscrire dans leur programme d’études.

 

Tout au plus, les élèves allochtones remarquent des comportements qui les amènent à croire que leur préparation aux études collégiales doit être suffisante étant donné qu’ils réalisent les tâches demandées par l’enseignant, qu’ils remettent leurs travaux et qu’ils se présentent aux examens. Une seule répondante affirme avoir remarqué que l’étudiant innu qui est dans sa classe ne remet pas ses travaux, arrive souvent en retard et s’absente plus fréquemment que la moyenne des autres élèves.

 

« Non, je trouve qu’ils veulent pas nous parler. Comme sur 10 autochtones, il va en avoir peut-être un qui va venir me parler. »

« On n’est pas vraiment au courant de ce qui se passe à l’école, pour eux, je trouve. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants allochtones


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

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