Réussite scolaire

Figure 6

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs quant à la réussite scolaire des étudiants autochtones

 La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions quant à la  réussite scolaire des étudiants autochtones.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES

L’échec, une étape dans le processus d’apprentissage

Tous les étudiants autochtones rencontrés en entrevue admettent qu’ils vivent difficilement les échecs qu’ils rencontrent. Ils ont parfois l’impression que les enseignants et les élèves allochtones croient qu’ils sont incapables de réussir considérant leurs racines autochtones. Cette perception pousse certains étudiants autochtones à abandonner leurs cours ou à même le programme dans lequel ils sont inscrits.

 

Les étudiants rencontrés admettent aussi que, pour eux, l’échec constitue un élément normal à leur processus d’apprentissage. Quatre élèves ont d’ailleurs affirmé en entrevue qu’il faut « vivre un échec pour apprendre ». Ils considèrent que leurs parents et le collège devraient être sensibilisés à cette philosophie. Ils sont d’avis que cela pourrait contribuer à diminuer les tensions et les disputes qui découlent des échecs qu’ils rencontrent. Les participants concluent que leur vision de l’échec est radicalement différente de celle des élèves allochtones.

 

Questionnés sur leurs perceptions de l’abandon scolaire, les étudiants autochtones rencontrés expliquent qu’il ne s’agit pas, pour eux, d’un échec. Il s’agit plutôt d’un moment de réflexion que l’étudiant s’accorde pour planifier son avenir ou régler une situation personnelle qu’il considère prioritaire aux études. Certains étudiants rencontrés ont suggéré d’introduire une session obligatoire en Accueil et intégration afin de favoriser ce moment de réflexion et de permettre aux élèves innus de mieux s’approprier le monde des études collégiales.

 

« C’est pas la meilleure note. C’est d’avoir réussi du mieux que tu pouvais. J’pèterai jamais des 90 %, euh c’est pas mon but, mais euh j’vais essayer d’au moins d’avoir ce DEC-là. (…]  Avec les moyens que j’ai pis avec les obstacles que j’ai aussi parce qu’à quelque part j’en ai, des problèmes. C’est pas toujours rose là on s’entend. »

« Je dirais que c’est plus les erreurs qui nous apprend là. J’suis quand même contente de faire plus d’erreurs que de ne pas en faire. »

« C’est comme une pause là un peu. Tout le temps, tout le temps passer pis jamais, tout le temps réussir ses cours pis j’veux dire c’est comme… Je lui ai dit que, de le prendre comme une pause là au lieu de prendre comme un échec (rires). »

Extraits d’entrevues avec les étudiants autochtones

 

PERSONNEL ENSEIGNANT:

Un élève ambivalent

Alors que les enseignants indiquent majoritairement ignorer totalement ce que la réussite signifie pour un élève autochtone, ils émettent l’hypothèse que les éléments reliés au manque de ressources financières, aux distances à parcourir en autobus et aux conditions sociales dans la communauté contribuent fortement à démotiver les étudiants. Il est donc plus difficile pour eux de réussir dans ces conditions.

 

Ce portrait typique des étudiants autochtones est souvent rencontré : au début de la session, les élèves sont assidus, se présentent en classe et réalisent les activités demandées. Au fil de la session, un désengagement est observé de la part de l’élève : il s’absente plus souvent, ne remet plus ses travaux et demeure silencieux lorsque de l’aide lui est offerte.

 

L’ensemble des répondants affirme que la vision de l’échec est différente chez les élèves autochtones. De plus, deux types d’élèves sont principalement rencontrés : ceux qui performent et ceux qui accordent moins d’importance à leur réussite.

« C’est coupé en deux. Soit que y’a un je-m’en-foutisme ou oui ça leur tient vraiment à cœur pis tu le vois là c’est jusqu’à shaker quand ils voient que les notes commencent à baisser. »

« J’pense que c’est épeurant de réussir pour eux. […] S’ils réussissent, ça les amène à une autre étape de leur vie. C’est peut-être pour ça qu’on dit souvent euh, l’expression choker, là. Il leur manque une session, il leur manque un cours, pis y’arrêtent l’école ».

Extraits d’entrevues avec les enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

La réussite par la diplomation

Pour la majorité des professionnels consultés, réussir signifie, pour les étudiants autochtones, de maintenir l’allocation de formation. Ils se questionnent abondamment sur les objectifs poursuivis par les élèves autochtones au collège à savoir, entre autres, s’ils sont clairs. Ils croient que ces jeunes ne semblent pas se questionner sur la pertinence et l’efficacité des moyens qu’ils utilisent pour réussir. Ils ont l’impression que seule l’obtention de leur diplôme leur convient. Les répondants ont également la perception que l’élève autochtone ne montre pas de fierté particulière quand il réussit.

 

De plus, ils remarquent que l’élève autochtone ne s’inquiète pas du temps octroyé pour obtenir un diplôme. Il peut prendre jusqu’à deux ans de plus que les élèves allochtones pour terminer leur formation, mais ne perçoit pas cela comme un échec. Les participants associent ce comportement à la vision du temps qui diffère entre les deux groupes.

 

Les participants discutent ensuite de la communauté de Pessamit. Ils se demandent si les étudiants innus sont suffisamment soutenus par leur communauté ou si les efforts de ceux qui décident d’étudier ne sont pas plutôt balisés. Selon eux, le milieu ne favorise pas la réussite, car il n’y a pas de modèle ou de héros issus de leur communauté auquel ils peuvent s’identifier. Ils ont remarqué que les coutumes ancestrales ont toujours un impact sur les comportements des élèves autochtones. Ils s’absentent, par exemple, très souvent lors des périodes de chasse et pêche. Cela nuit à leur réussite. Un participant se questionne cependant sur cette pratique : les élèves s’absentent-ils en période de chasse parce que cela est une activité traditionnelle ou ne se serviraient-ils pas plutôt du prétexte de cette activité traditionnelle pour justifier leurs absences? À ce propos, lors des entrevues avec les étudiants autochtones, aucun des élèves rencontrés n’a mentionné que les activités de chasse ou de pêche étaient un motif d’absentéisme. L’absentéisme est plutôt relié à la démotivation ou aux responsabilités familiales.

 

« Ils vont valoriser beaucoup la diplomation, c’est sûr qu’ils remettent que ça soit AEC, DEP, BAC. Écoute : ils valorisent beaucoup ça. »

« Je pense qu’ils sont perçus comme des héros, ceux qui réussissent justement, ceux qui diplôment, par qu’il n’y en a pas tant que ça qui réussissent. Fait que dans leur communauté, je pense à Stanley Vollant comment c’est un héros pour sa communauté ».

« La fin de réussite n’explique pas les moyens, je pense. La fierté est où, quand ils réussissent, je sens qu’ils ont une fierté comme nous on peut avoir, j’ai mon diplôme, je suis fier. »

Extraits d’entrevues avec les professionnels

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

Un concept québécois

Les intervenants de Pessamit s’entendent pour dire que la conception de la réussite au collégial est basée essentiellement sur la conception québécoise de la réussite, et non sur celle qui est innue. Pour un Innu, la réussite fait davantage référence à la survie, à l’accomplissement et au fait d’être une bonne personne. Invités à préciser le sens de leurs propos, les répondants affirment qu’échouer à l’école, ce n’est pas échouer sa vie. Dans la culture innue, la réussite est associée à celui qui travaille beaucoup et non à la note qu’il obtient dans un travail ou dans un examen.

 

À ce stade de la discussion, deux intervenantes soulignent que la fierté de réussir ou de bien performer ne sera pas étalée sur la place publique et que les élèves innus ne parleront pas de leur succès en classe, à leurs pairs et aux membres de leur communauté. C’est ce qui explique qu’un élève qui a de bonnes notes ne le mentionne pas.

 

Chaque année en juin, une grande fête est organisée au Centre communautaire où l’on souligne la réussite des élèves de niveaux secondaire, collégial et universitaire. Il y a remise de bourses, un repas et un bal. Des gens provenant de l’extérieur de Pessamit (ex. : administrateurs de compagnies, enseignants et directeurs du Cégep de Baie-Comeau) sont invités à venir festoyer avec les récipiendaires et la communauté.

 

Les intervenants de Pessamit ont aussi discuté d’un sujet qui les préoccupe grandement : le décrochage scolaire. C’est cet aspect de l’échec qui les interpelle. En effet, selon une intervenante œuvrant en milieu scolaire, le décrochage est davantage associé à la crise d’identité provoquée par le choc culturel de l’étudiant que par son manque de volonté de réussir et d’obtenir de bonnes notes. Elle souhaite qu’un service d’orientation soit instauré à Pessamit afin de favoriser la réussite scolaire des jeunes en leur permettant de bien cibler leur choix de carrière avant d’entreprendre des études collégiales.

 

« La notion de réussite, pour nous autres, c’est de s’accomplir, peu importe ce que tu fais, mais c’est de t’accomplir et être capable de cheminer avec ça. Tandis que vous autres, c’est en terme de piastre, en terme de diplôme, en terme de BAC, c’est ça que ça veut dire réussir pour vous autres, pour les Québécois. »

« C’est comme pour un étudiant, réussir 60 % il passe, c’est correct, mais il ne visera pas le 100 %. Tant mieux s’il l’atteint, il va en parler un peu, mais il s’en ventera pas. Il a réussi. »

« S’accomplir c’est de réussir, c’est ça la réussite, mais le terme réussite c’est un très mauvais terme. C’est très abstrait. Tu as réussite scolaire. C’est parce que c’est des barèmes, il faut accomplir, qui n’existent pas chez nous ».

Extraits d’entrevues avec les intervenants

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

Le temps n’est pas important

Bien que les étudiants allochtones ne puissent décrire la vision qu’ont les étudiants autochtones de la réussite, ils remarquent des comportements qui les amènent à conclure qu’il existe une distinction entre les deux groupes relativement à la réussite scolaire. Ainsi, contrairement à eux, les élèves autochtones ne semblent pas pressés de terminer leur formation dans les délais normalement prévus. Les élèves autochtones fréquentent probablement le cégep plus longtemps, car ils ne s’inquiètent pas de prendre un an ou quelques sessions de plus pour obtenir leur diplôme. Aussi, une répondante qui a établi une bonne relation avec une élève autochtone de sa classe indique qu’elle n’a pas démontré d’inquiétude lorsqu’elle a fait face à un échec. Elle lui a plutôt dit qu’elle allait recommencer.

 

« Mon amie me sort plein d’excuses. Il faut que je m’occupe de ci, il faut que je m’occupe de la maison, de mon fils, de mon chum. Là, je me dis, il y en a d’autres qui sont dans ta situation puis qui réussissent aussi vite. »

 

« Elle a coulé des cours pis c’était pas si grave que ça, elle disait j’ai coulé des cours, j’aurai plus ma bourse pour l’autre session. Elle trouvait ça triste, c’était plate parce qu’elle perdait sa gang, pis tout ça. Mais elle disait je réessayerai dans un an. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants allochtones


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s