Motivation

Figure 5

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs quant à la motivation scolaire des étudiants autochtones

 La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions quant à la motivation scolaire des étudiants autochtones.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES:

La motivation qui démotive

Les élèves autochtones se disent encouragés à poursuivre leurs études par leur entourage (famille, amis). Pour quatre répondants, cette motivation leur cause un stress, craignant alors davantage d’échouer et de les décevoir. Lors de la rencontre de validation, certains participants ont apporté une nuance à ce sujet. En effet, leurs parents les auraient ouvertement découragés à poursuivre des études supérieures. L’expression symboliquement négative de « pomme » a été évoquée à quelques reprises : avoir la peau rouge, mais le cœur d’un Blanc. Cette attitude a par contre eu l’effet contraire sur leur décision de s’inscrire au cégep. En effet, ils veulent prouver à leurs parents qu’ils peuvent très bien, au contraire, réussir leurs études.

 

De plus, les enseignants et les professionnels, dont l’API, qui se montrent disponibles et qui les encouragent à poursuivre leurs démarches, influencent positivement leur motivation. Quand ils éprouvent une difficulté, plutôt que de baisser les bras, ils vont les rencontrer. La motivation trouve aussi sa source dans le fait que la plupart de leurs amis ont également entrepris des études postsecondaires, que ce soit au Cégep de Baie-Comeau ou dans d’autres établissements scolaires.

 

En explorant plus profondément les raisons qui les motivent à s’inscrire au cégep, une ambigüité est constatée. Certes, ils veulent étudier pour aider leur communauté, devenir un modèle pour leurs proches et pour améliorer leur situation financière. Ceci dit, leur choix de carrière demeure flou. Ils ignorent généralement ce qu’ils feront dans un an.

 

« Je me souviens euh quand j’suis sortie du secondaire tsé, je me suis inscrite au cégep, j’étais pas motivée. Vraiment, j’étais pas motivée parce que j’étais gênée à parler français devant un groupe, fallait qu’on fasse des exposés pis là ça me terrorisait moi de parler devant une classe qui […] qui euh […] tsé québécois. »

« C’est pas ma famille qui demande ça, c’est plutôt leurs actions qui me demandent de faire ça. Et de mon côté, il faut que j’apprenne à voler de mes propres ailes comme on dit. J’suis le marginal. J’suis celui qui euh, qui étudie. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants autochtones
PERSONNEL ENSEIGNANT:

La motivation qui démotive

Tous les enseignants se questionnent sur la valeur accordée à la réussite aux études supérieures par les membres de la communauté de Pessamit. Deux répondants ont vécu des situations particulières avec les élèves, dans lesquelles ils ont eu l’impression que le Conseil des Innus a influencé l’abandon de leurs études. En effet, les membres du Conseil ont offert un travail à l’étudiant avant qu’il n’obtienne son diplôme. De plus, selon les enseignants, les élèves qui quittent la communauté vivent des préjugés de la part de leur propre entourage, surtout quand ils performent très bien. Les répondants sont donc d’avis que les étudiants autochtones ne sont pas encouragés à poursuivre leurs études. Ceux qui poursuivent seraient appelés « les pommes », comparaison signifiant qu’ils ont la peau rouge à l’extérieur, mais le cœur blanc à l’intérieur.

 

Pour deux répondants, la motivation à réussir trouve sa source dans l’allocation de formation allouée par le Conseil des Innus. Elle serait le seul moyen de maintenir le niveau de réussite chez les élèves autochtones. Ils considèrent que les élèves autochtones qui ont fait leurs études secondaires à l’extérieur de la communauté présentent des taux de réussite plus élevés, possèdent une meilleure estime d’eux-mêmes et réussissent davantage au collège.

 

« J’ai l’impression, ben en tout cas ce que je perçois, j’ai l’impression qu’ils se sentent traitres, tsé qu’ils se sentent euh […] d’un côté ou l’autre. »

« Y’ont dit que c’était dévalorisé évidemment, mais je sais que je l’ai entendu à plusieurs reprises, mais je vois euh… Je sais qu’ils ont, y’ont de l’argent par exemple pour venir étudier, c’est pas tout le monde qui l’a, mais là on parlera pas de politique non plus. »

Extraits d’entrevues avec les enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

Une grande résilience

Au cours des dernières années, les professionnels ont pu remarquer que les élèves autochtones sont plus proactifs que dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Ils gèrent plusieurs problématiques à la fois, consultent davantage Coup de pouce et se prennent plus en mains qu’autrefois. Au collège, ils fréquentent également des élèves qui sont d’une autre ethnie tels les Arabes. Ils semblent s’entendre davantage avec ces derniers qu’avec les élèves allochtones. Les professionnels rencontrés croient qu’ils les considèrent comme des modèles à suivre.

 

Les répondants considèrent que l’élève autochtone démontre énormément de résilience et de tolérance face aux nombreuses demandes du collège et de la communauté de Pessamit. Ils remarquent que, devant les difficultés qu’ils rencontrent, ils agissent comme les Allochtones. Une intervenante souligne qu’ils n’ont pas le sens de la dramatisation et que cela s’explique par le contexte difficile des communautés.

 

« C’est qu’ils ont développé une tolérance par rapport à ce qu’ils vivent, mais ça veut pas dire qu’ils sont capables de gérer les problématiques, ça c’est une autre histoire. »

« C’est comme si la difficulté fait partie du parcours, c’est fort possible que, quand j’arrive au collège, j’aie des difficultés au niveau des méthodes de travail, des cours, de la compréhension, de la communication ça fait partie de, et je vais m’apprivoiser et avancer là-dedans. Ça fait partie de la poursuite des études de rencontrer des difficultés, tu fais avec. »

Extraits d’entrevues avec les professionnels

 

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

La famille, source de motivation

Selon l’ensemble des intervenants de Pessamit, la motivation de l’élève innu trouve son origine dans le support fourni par les membres de sa famille. En effet, les parents encouragent leurs enfants à étudier le plus possible pour être en mesure d’obtenir un bon emploi. Ainsi, ces élèves sont conscientisés à l’importance du diplôme dans la société actuelle. La possibilité d’obtenir un emploi bien rémunéré suit à l’obtention d’un diplôme demeure donc une source de motivation.

 

Plusieurs éléments associés à la démotivation ont été abordés. Le travail en équipe et la réalisation d’exposés oraux jouent un rôle déterminant dans la poursuite des études des élèves autochtones. En effet, selon les intervenants, certaines pratiques reliées aux présentations orales, telle l’argumentation, ne sont pas exploitées chez les Innus. En effet, l’étudiant innu est très inconfortable avec cette approche puisque, dans sa culture, argumenter se conjugue avec l’idée que « tu doutes de la parole des autres ». Il est donc difficile pour eux d’argumenter leur point de vue devant une classe, d’autant plus qu’ils doivent le faire en français. Ce type de situation peut devenir très démotivant pour eux et être en cause dans l’abandon du cours.

 

De surcroit, les préjugés des membres de la communauté de Pessamit envers les étudiants qui poursuivent des études supérieures peuvent avoir un impact sur leur motivation. Si leur entourage met en doute la pertinence de ce qu’ils apprennent au cégep, leur motivation à poursuivre des études supérieures peut être affaiblie.

 

Les intervenants de Pessamit concluent les échanges concernant la motivation en insistant sur le fait que les élèves innus de Pessamit subissent encore les contrecoups de l’histoire. En effet, selon eux, ils vivent du racisme, bien que les comportements qui en découlent, telles les paroles, ne soient pas explicites. Les attitudes racistes de certains élèves allochtones se reflètent dans leur ignorance envers eux.

 

« Moi je parle au niveau de l’encouragement à persévérer, ça mes parents, ma mère, elle, elle a reçu cette éducation-là de persévérance de travailler »

« Moi je lui dis des fois quand tu vas arriver au cégep, tu vas faire quoi au cégep? Le cégep c’est comme quand tu vas à l’école secondaire, c’est juste plus gros. Là si tu prends un cours professionnel là tes connaissances vont être plus applicables. J’ai dit si tu vas au cégep pour aller à l’université, parce que lui il aimerait ça aller à l’université, j’ai dit c’est comme faire du secondaire, mais en plus gros ».

Extraits d’entrevues avec les intervenants

 

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

L’ignorance de la source de motivation

L’exploration de cette thématique révèle que les élèves allochtones ignorent si les élèves autochtones sont motivés ou non envers l’école, puisqu’ils ne les fréquentent pas en dehors des cours. Les élèves autochtones ne discutent pas de ce qui les motive à fréquenter le collège. Les répondants constatent également que les élèves autochtones ne discutent pas de leurs projets d’avenir. Par contre, ils terminent leurs réflexions en supposant que les élèves autochtones ont probablement un objet de motivation puisqu’ils prennent l’initiative d’étudier au cégep.

 

Une seule répondante affirme qu’un choix de carrière établi contribue à les motiver, tout comme c’est le cas chez les élèves allochtones.

 

« Il y en a beaucoup que c’est des retours aux études ça fait que j’imagine qu’ils ont vraiment un but fixe parce que sinon ils ne reviendraient pas. »

« Je pense que oui, mais souvent ils vont peut-être se démotiver plus vite, mais ils ne parlent pas beaucoup ça fait qu’on n’en a pas vraiment conscience. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants allochtones


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

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