École, milieu de vie

Figure 2

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs quant à l’école en tant que milieu de vie

La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions quant à l’école en tant que milieu de vie.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES:

Le Cégep de Baie-Comeau, un endroit intime et accueillant

Tous les étudiants autochtones interrogés conviennent que le Cégep de Baie-Comeau, en étant un établissement scolaire de petite taille, permet de créer des contacts personnalisés avec les enseignants et les responsables des services professionnels. Les élèves apprécient le fait que les intervenants les interpellent par leur prénom, que le nombre d’étudiants dans les groupes soit restreint et que les groupes-classes soient hétérogènes. Les enseignants n’ont pas besoin d’être d’origine innue pour leur transmettre des connaissances. L’enseignant doit plutôt être ouvert à leur culture et être disponible pour répondre à leurs questions.

 

Cette situation est encore plus appréciée lorsque les répondants ont fréquenté d’autres collèges, notamment dans la région de Québec. Ils affirment être revenus étudier à Baie-Comeau afin de retrouver cette intimité.

 

La possibilité de disposer d’un local attitré, afin que les élèves autochtones se retrouvent entre eux, ne crée cependant pas l’unanimité. Les répondants sont partagés entre le besoin de se regrouper entre Innus au local et l’impression que ce lieu les ostracise davantage. De plus, son endroit et son aménagement physique, dont les petites fenêtres, jouent parfois sur la décision de s’y rendre ou non.

 

« […] C’est le fait que c’est petit. C’est, mettons, j’en, j’en ai visité des cégeps. La disponibilité des profs est plus grande, ça, c’est sûr, pis tu te perds pas, tu marches pas des longs corridors […] C’est vraiment, c’est vraiment l’fun là! »

« Pis c’est plus entouré que par rapport à […] Pis ici euh je connais presque tous les Innus qu’il y a ici à cause du local innu pis on se parle beaucoup. Pis j’me suis fait des amis allochtones aussi ».

Extraits d’entrevues avec les étudiants autochtones

 

PERSONNEL ENSEIGNANT:

À la recherche de l’élève innu

Tous les enseignants rencontrés ignorent la manière dont les élèves autochtones occupent leur journée au cégep en dehors des cours. Ils étaient, selon eux, il y a quelques années, assis dans l’entrée du collège ou allongés sur les bancs. Maintenant, ils ne les voient plus. Ils ajoutent ne pas les croiser dans les corridors, à la bibliothèque, au Centre de la vie étudiante (CVE) ni ailleurs. Majoritairement, les enseignants associent ce changement à la création du local innu. Ils se questionnent à savoir si le local innu ne contribue pas davantage à les isoler et à les stigmatiser dans le cégep. Les commentaires s’articulent surtout autour de l’emplacement de ce local : trop loin, mal éclairé, mal aménagé.

 

Un répondant a renchéri en disant que la création du local innu répond à une volonté de la direction de ne plus permettre aux élèves autochtones de se regrouper sur les bancs à l’entrée. Ces comportements généraient, selon lui, des propos racistes et plutôt négatifs à l’égard des élèves autochtones.

 

« On les voit plus. Pourtant, ça a l’air qu’ils fréquentent pas vraiment le local autochtone, on les voit plus sinon. Avant, ils étaient à l’entrée […] Je sais pas si la clientèle a baissé. Il me semble qu’on les voit moins dans le cégep. »

« Ben on, on les voyait plus avant quand ils ont été dans le hall. Maintenant qu’ils ont euh été chassés vers un local, ben j’imagine qu’ils se tiennent là. »

Extraits d’entrevues avec les enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

L’isolement collectif

Les professionnels indiquent, dans un premier temps, que les élèves autochtones possèdent une complicité entre eux. Ils se protègent mutuellement et demeurent discrets sur les agissements de leurs pairs. Ainsi, ils ne les entendront jamais discuter ou remettre en cause la décision de l’un des leurs. Ils ne dénonceront pas non plus les comportements inadaptés, comme la consommation de psychotropes et d’alcool. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils approuvent le choix ou le comportement de leurs pairs, mais plutôt qu’ils se respectent.

 

Du côté des relations avec les professionnels du cégep, les répondants indiquent que les élèves autochtones les consultent uniquement lors de situations de crise. Par la suite, ils ne reviennent plus. Ces étudiants ne peuvent pas, bien souvent, assurer le suivi. Ils se questionnent alors à savoir si ce mode de fonctionnement ne relève pas de la culture innue. De plus, les membres du corps professionnel s’interrogent quant à la cohérence entre les services offerts aux élèves autochtones et les besoins réels des élèves autochtones. Ils ignorent si les services professionnels disponibles au collège s’arriment avec les besoins de ces étudiants. Cela expliquerait peut-être que la demande de service survienne uniquement en situation de crise.

 

Finalement, trois intervenantes indiquent que lors du diner d’accueil innu, qui se déroule chaque année en début de session d’automne, les élèves autochtones sont invités à mentionner leurs besoins particuliers au moyen d’un questionnaire. Les besoins s’articulent principalement autour de la gestion du stress et du temps, de la préparation aux exposés oraux, ainsi que de la maitrise de la langue française. En réponse à ces besoins, les responsables organisent des ateliers et demandent aux élèves de s’inscrire. Immanquablement, personne ne se présente le jour de l’atelier ou si quelques-uns y participent il s’agit d’individus qui n’avaient pas manifesté d’intérêt pour ces activités. En réaction à cette situation, l’aide pédagogique du cégep organise maintenant les ateliers directement au local innu. Puisque les étudiants sont déjà au local, elle constate ainsi un meilleur taux de participation… Ils ne partent pas durant la présentation et y participent activement.

 

Afin de rejoindre le plus possible les élèves autochtones, les organisateurs du diner d’accueil invitent également les divers intervenants des services professionnels, culturels et sportifs à venir leur présenter le panier de services accessibles au collège. En dépit de cette activité, il y a rarement des élèves innus qui s’inscrivent à des activités culturelles et sportives ou qui vont consulter les professionnels lors de période de difficulté.

 

« Je ne les vois pas échanger avec les autres. »

« Ils attendent toujours que ça soit nous pour le contact […], entre eux, moi je sens beaucoup de complicité […], ils vont se protéger aussi […] ».

Extraits d’entrevues avec des professionnels.

 

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

L’intégration sociale, un travail progressif

Avant de parler d’intégration au Cégep, les répondants signalent que l’intégration des étudiants autochtones n’est même pas encore réalisée dans la ville de Baie-Comeau. En effet, pour plusieurs élèves, il s’agit d’un premier contact avec un établissement d’enseignement supérieur, mais également d’un premier contact avec une ville où domine largement la culture québécoise. Alors, il est évident, selon les intervenants rencontrés, que les élèves autochtones vivent un « double choc culturel », lequel nuit à leur intégration sociale. Les répondants notent à ce sujet que les élèves préfèrent fréquenter des individus provenant de pays étrangers plutôt que les personnes allochtones. Certains intervenants croient que cette réalité est aussi perceptible au cégep qu’à l’université.

 

Les étudiants utilisent surtout les services de l’aide pédagogique individuelle (API) au cégep. Les personnes responsables du centre local d’emploi et de formation de Betsiamites (CLEFB) affirment qu’il existe une véritable collaboration entre l’API et le CLEFB. Cela a un impact positif, selon eux, quant à l’intégration sociale et scolaire au Cégep de Baie-Comeau. Les intervenants sont d’avis que cette ressource doit demeurer en place que les élèves autochtones doivent être encouragés à la consulter. De plus, les responsables du CLEFB incitent fortement les élèves à recourir au service d’aide Coup de pouce pour s’améliorer, lorsqu’ils rencontrent des difficultés, en français et en mathématiques. Il est à noter que, lors de la rencontre, les responsables du CLEFB ont avoué ne pas savoir que les élèves pouvaient recourir à Coup de pouce pour toutes les disciplines enseignées au cégep.

 

Il est intéressant d’ajouter ici que le personnel du collège possède une vision différente quant à cette étroite collaboration entre le cégep et les responsables du CLEFB. Ils notent plutôt une certaine fermeture de la part du CLEFB pour les élèves autochtones qui hésitent à s’inscrire dans un programme parce que leur choix de carrière n’est pas clair ou parce qu’ils veulent réaliser leur programme technique en quatre ans au lieu de trois ans. Si le fait de s’inscrire en session d’accueil ou d’ajouter un an au programme d’études signifie que l’étudiant a moins de six cours à son horaire, il ne pourra pas bénéficier de l’allocation de formation du CLEFB. Il devra donc s’inscrire dans un programme à temps complet, dans lequel bien souvent, il fera face à de nombreux échecs. Cela risque d’occasionner l’application du règlement 9 du collège : l’élève ne peut fréquenter le collège pendant un an lorsqu’il a atteint un certain nombre d’échecs dans les cours.

 

Selon les intervenants de Pessamit, la situation financière des étudiants autochtones contribue sans doute à nourrir des préjugés négatifs à leur égard et à nuire à leur intégration sociale au cégep. En effet, selon eux, les étudiants de Pessamit n’ont pas suffisamment d’argent pour étudier. Toutefois, ils sont d’avis que les étudiants allochtones croient que les élèves autochtones sont payés grassement pour venir au Cégep de Baie-Comeau. Ces perceptions erronées contribuent à éloigner les deux groupes et, par ricochet, nuisent à l’intégration sociale des élèves en provenance de Pessamit.

 

« On a peur des préjugés. Ces peurs-là, on se les fait nous-mêmes. »

« Il y a une autre chose pourquoi les jeunes ne parlent pas : parce qu’ils ont peur de se tromper parce que ce n’est pas leur longue puis tout le monde va rire s’ils se trompent. Et la pire chose chez un Autochtone, c’est de faire rire de lui […] ».

Extraits d’entrevues avec les intervenants

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

Je sais qu’il est là …

L’ensemble des élèves allochtones affirme ne pas fréquenter les élèves autochtones à l’extérieur des classes. Une seule répondante, de par ses activités parascolaires, côtoie une élève autochtone et travaille avec elle dans le cadre de quelques projets. Toutefois, la grande majorité des participants avoue ne pas s’impliquer à la vie du cégep eux-mêmes et ne pas demeurer sur place après les cours. Dès qu’ils ont terminé le cours, ils quittent pour des activités à l’extérieur de l’institution. Ainsi, même si les élèves autochtones participent à des activités culturelles, sportives ou sociales, ils ne pourraient pas en juger, étant eux-mêmes absents du collège en dehors des cours.

 

« Je ne les vois pas en dehors de l’école. C’est comme tous mes amis dans mon programme. »

« Je ne vois pas de différence marquante, comment les professeurs s’adressent à eux, comment les élèves s’adressent à eux. C’est sûr, c’est du monde timide, ça fait qu’ils restent relativement dans leur coin. »

Extraits d’entrevues avec les intervenants


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

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