Caractéristiques de l’élève autochtone

Figure 1

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs

 

La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions des caractéristiques de l’élève innu.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES:

La fierté d’être Innu

Lors de toutes nos rencontres avec les étudiantes et les étudiants innus, une réelle fierté a été notée quant à leur origine autochtone et, plus particulièrement, au fait d’appartenir à la nation innue. Selon les répondants, la persistance à travers le temps de la langue innue explique cette fierté. Ils craignent néanmoins de la perdre et déplorent le fait qu’elle se modifie et qu’elle ne soit plus parlée de la même manière que les ainés le faisaient.

 

Cette fierté s’exprime toutefois comme une évidence en soi. Les étudiants adoptaient souvent un faciès étonné lorsque la question était abordée. De par leur attitude et leur réponse verbale, ils ont démontré que cette fierté d’être Autochtone est ancrée en eux de manière implicite. Cela va de soi. Ils n’ont pas besoin de l’exprimer ouvertement aux autres.

 

Les entrevues réalisées auprès des étudiants autochtones ont permis de mettre en lumière une dichotomie dans leur discours. Ainsi, ils se disent très soucieux de connaitre leur culture et leur langue, de les conserver et de transmettre leurs valeurs ancestrales. La majorité se dit traditionaliste, mais vit dans le modernisme : ils ne pratiquent pas la chasse ni la pêche, utilisent les technologies de l’information abondamment et adoptent le mode de vie du 21e siècle. La langue vernaculaire est peu utilisée à la maison. Deux personnes la connaissent à peine. Plus d’une dizaine de répondants affirment être incapables de l’écrire en dépit du fait qu’ils l’ont apprise au primaire.

 

D’autres caractéristiques ont également attiré notre attention dans une moindre proportion. Elles concernent notamment :

 

  1. La difficile conciliation famille-études, car la majorité des répondantes sont des mères monoparentales qui effectuent un retour aux études.
  2. La conciliation vie personnelle-études difficile en raison des maisons surpeuplées dans lesquelles il est difficile d’étudier. Les répondants mentionnent également le sous-financement des études et la difficulté à se rendre au cégep (situé à 45 minutes de la communauté de Pessamit) comme étant des caractéristiques de l’étudiant innu.

 

« C’est sûr que, dans l’ensemble, oui ça c’est sûr, c’est beaucoup de richesse   dans… c’est un bagage… pour beaucoup de personnes. Ça, je suis très fier de ça, c’est pas mal. »

« Ben, surtout à cause de notre langue là. C’est pour ça que je suis fier. »

Extraits d’entrevues avec des étudiants autochtones

 

PERSONNEL ENSEIGNANT :

Un élève discret

Pour l’ensemble des enseignants, l’élève innu se décrit comme un être solitaire, qui se mêle rarement aux autres étudiants du groupe. Les répondants le caractérisent également par son silence lors des discussions en classe. Ils allèguent que cet isolement découle de leur situation géographique. Les élèves innus proviennent d’une communauté qui est éloignée de la région de Baie-Comeau. Certains d’entre eux ne sont pratiquement jamais venus ici avant de commencer leurs études supérieures. La grande majorité des enseignants constate une différence de comportement entre les élèves qui ont fréquenté uniquement les écoles de Pessamit et ceux qui ont étudié à l’extérieur de la communauté. Cette deuxième catégorie d’élèves aborde davantage les élèves allochtones et s’implique dans les classes en intervenant lors des activités d’enseignement.

 

Il est intéressant de noter ici les propos de deux répondants ayant travaillé à l’extérieur du Québec pour enseigner. Ils ont admis spontanément avoir adopté ce même comportement, c’est-à-dire de se regrouper avec d’autres Québécois dès qu’ils le pouvaient. Ils considèrent ce mode de réaction comme un « réflexe de protection ». Selon ces enseignants, les élèves innus n’échapperaient pas à ce réflexe en se retrouvant souvent isolés dans un milieu dominé par les Allochtones.

 

Les enseignants disent posséder peu de connaissances quant à la réalité culturelle et psychosociale des élèves autochtones. Environ le tiers des participants a évoqué les problèmes de consommation, les logis surpeuplés et les problèmes psychosociaux comme étant des caractéristiques des élèves innus. Ils ont cependant nuancé leur propos en ajoutant que ces difficultés ou défis à relever leur apparaissent peut-être amplifiés en raison de la présence minoritaire des étudiants autochtones dans le cégep. Ils croient que certains élèves allochtones vivent les mêmes situations, mais, qu’ils sont moins enclins à y porter attention.

 

« Ils ont souvent tendance à se regrouper entre eux ce qui démontre qu’ils ont un réflexe de protection, plutôt que d’intégration. (….) À un moment donné, on, on, faudrait dépasser cette barrière-là. »

« Y’en a qui se mêlent bien à la gang, mais de façon générale j’pense qu’ils sont inconfortables quand y’ont pas quelqu’un avec qui ils peuvent s’associer.

[…] On réussit quand même à créer le contact. »

Extraits d’entrevues avec des enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

Les besoins inconnus

Les professionnels dépeignent les élèves innus en ces termes : gênés, introvertis et minoritaires dans un milieu où la majorité des apprenants est allochtone. Les répondants ajoutent qu’ils priorisent leur famille et qu’ils ne maitrisent suffisamment pas la langue française à leur arrivée au collégial.. Les professionnels disent intervenir autant auprès des hommes que des femmes, des élèves jeunes ou plus matures ou auprès de ceux qui sont inscrits à la formation continue, technique ou préuniversitaire.

 

Toutefois, en raison des services qu’ils offrent et du contexte dans lequel ces services sont proposés, les participants ont ajouté des éléments inédits. Ainsi, ils ont mentionné que l’élève innu est fragile quand il est jeune et qu’il est préoccupé par toutes les pressions qu’il subit, entre les attentes du collège et celles du Centre local d’emploi et de formation de Betsiamites (CLEFB). Par contre, les répondants reconnaissent qu’il a une tolérance extraordinaire et une grande capacité de résilience face aux difficultés familiales et personnelles qu’il rencontre.

 

Les participants conviennent également que l’élève autochtone semble inconscient des règles et des conséquences qu’il devra assumer en ne les respectant pas. Il a de la difficulté à se projeter dans l’avenir. Pour toutes ces raisons, les intervenants concluent que la vision de l’échec est très différente de celle des élèves allochtones.

 

Les intervenants ont remarqué que les élèves autochtones sont soit engagés dans leurs études, soit négligents envers leurs responsabilités d’étudiants.

 

« J’ai pas l’impression qu’ils s’expriment bien au niveau des besoins… est-ce culturel? (…), On dirait, j’pense qu’ils ont développé une tolérance à la souffrance. »

« J’sais pas jusqu’à quel point on peut les aider. (…) On ne peut pas changer leur culture. Pourquoi qu’on ne leur pose pas la question à eux? »

Extraits d’entrevues avec les professionnels

 

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

Des Innus et des Québécois

Les intervenants de Pessamit ont insisté sur la persistance de la culture, de la langue et des valeurs traditionnelles dans la communauté. Leur discours laissait entendre qu’il existe un déchirement chez les jeunes Innus qui fréquentent le Cégep de Baie-Comeau, car les intervenants ressentent que les jeunes Innus mettent de côté leurs valeurs autochtones pour pouvoir participer à la réalité allochtone du collège. Malgré cet effort, ils considèrent que l’élève innu est ignoré des autres. C’est une des raisons pour lesquelles les jeunes souhaitent préserver les valeurs autochtones, en réaction à l’indifférence des Québécois. Selon un répondant, cette ignorance volontaire de l’autre est beaucoup plus blessante pour le jeune innu que des propos ouvertement racistes.

 

Bien qu’il semblait y avoir un consensus lors de la première rencontre avec les intervenants de Pessamit, lors de la 2e collecte de données, une discussion informelle nous amène à nuancer les positions de certains intervenants. En effet, une personne nous a laissé entendre que les propos échangés au cours de la réunion ne représentaient sans doute pas la position de tous les participants, mais qu’elle n’avait pas osé contredire publiquement les propos émis. Ainsi, cette personne considère que les jeunes de Pessamit ne souhaitent pas vivre selon le mode de vie autochtone. « Ils veulent se sortir du carcan de la réserve », croit-elle. Face à un sujet aussi délicat, on peut comprendre son hésitation à défendre ce point de vue en discussion de groupe.

 

Il est important d’ajouter ici que cette personne a indiqué ne pas être intervenue au cours des rencontres afin de ne pas manquer de respect envers les autres personnes présentes. Par ailleurs, une autre personne n’a pas donné explicitement son opinion et a conservé un silence absolu durant la rencontre de mai 2013.

 

Les intervenants innus sont également d’avis que :

 

  1. La langue innue est fondamentalement respectueuse. Cela peut expliquer le fait que les élèves autochtones sont parfois perçus comme des personnes réservées dans leurs contacts sociaux.
  2. Dans la culture innue, la famille a une grande valeur. La cellule familiale est très large et englobante. Les répondants mentionnent même que, pour eux, la communauté de Pessamit représente la famille.
  3. Le mode de vie traditionnel a été délaissé à partir des années 60 pour le mode de vie des Allochtones. Les plaies du passé ne sont par contre pas encore guéries. Cela a un impact sur les élèves autochtones qui fréquentent le Cégep de Baie-Comeau. Les répondants sont unanimes pour dire que les élèves ont le sentiment d’être assis sur deux chaises. Ils vivent un choc et un conflit culturels. Ils ressentent encore l’abandon du mode de vie traditionnel. D’ailleurs, on ajoute que le français n’est pas enseigné au primaire, non pas pour satisfaire une lubie des membres de la communauté, mais afin de faciliter leur réussite scolaire. Pour les répondants, « la langue est la culture ».

Un participant demande qu’une réflexion soit faite quant à l’orientation de nos questions depuis le début des échanges. Il considère qu’une distinction est automatiquement faite entre les élèves autochtones et allochtones. Selon lui, il s’agit ici principalement d’une caractéristique de la culture québécoise qui désire tout catégoriser, classer et regrouper. Dans la vision du peuple innu, ce mode de pensée n’existe pas.

 

« J’ai tout fait pour me faire accepter, pis là, ça marche pas. (…) J’suis différente et je te respecte, j’te parle pas, j’reste dans mon coin. »

« On nous a appris à ne pas être démonstratifs de notre langue, notre culture, de notre façon d’être. (…) Ça, vous allez voir ça au cégep. »

Extraits d’entrevue avec des intervenants

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

Un élève réservé et poli

Invités à décrire comment ils perçoivent les élèves autochtones, les étudiants allochtones indiquent qu’ils se montrent réservés et polis. Ils ne participent pas ou très peu aux échanges dans la classe. Certains participants nous révèlent alors que ces comportements ne les surprennent pas. En effet, les élèves allochtones conçoivent que les élèves autochtones se retrouvent en minorité dans un milieu dominé par la culture allochtone. Il n’est donc pas étonnant dans ce contexte, selon eux, qu’ils demeurent en retrait dans les classes. Cinq répondants ont ajouté que cela ne les dérange pas d’avoir des élèves autochtones dans leur classe.

 

Tous les répondants livrent le même discours relativement aux relations qu’ils entretiennent avec les élèves autochtones. L’étudiant autochtone s’assoit au fond de la classe, seul. Il ne cherche pas à entrer en contact avec l’élève allochtone et l’élève allochtone ne cherche pas à entrer en contact avec lui. Si l’enseignant leur demande de travailler ensemble, l’élève allochtone doit l’inviter, car l’élève autochtone ne fera pas les premiers pas. Deux répondants ont affirmé que les élèves autochtones ne ressentent pas le besoin d’entrer en contact avec eux.

« Je les vois comme tous les autres. »

« J’fais comme si je croisais un autre étudiant, une autre personne, je ne la vois pas comme une étudiante différente des autres. »

Extraits d’entrevue avec des étudiants allochtones

 


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

 

 

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