Apprentissage

Figure 3

Figure comparative des perceptions des différentes catégories d’acteurs quant à l’apprentissage des étudiants autochtones

 La figure précédente permet de comparer les discours de tous les acteurs rencontrés concernant leurs perceptions quant à l’apprentissage des étudiants autochtones.

 

ÉLÈVES AUTOCHTONES:

Apprendre en y mettant des efforts

Pour les répondants autochtones, apprendre nécessite de faire des efforts, de travailler et de s’impliquer. Ils déplorent le manque de discipline dans les classes et le laxisme de certains enseignants quant à la rigueur dans leurs stratégies d’enseignement, d’apprentissage et d’encadrement et considèrent que le tout nuit à leur apprentissage. Ils ajoutent que pour apprendre, l’apprenant doit faire des erreurs, être corrigé et orienté par son enseignant.

 

Ils précisent également que les enseignants qui ne se montrent pas suffisamment sévères dans les classes nuisent à leurs apprentissages. En effet, selon eux, le manque de discipline des élèves allochtones perturbe leur compréhension des notions abordées en classe et leur concentration. Cet aspect ressort principalement chez les étudiants autochtones qui ont besoin de traduire en innu dans leur tête ce qui est dit en français dans la classe.

 

Cependant, il y a persistance d’une forme de pensée magique quant à la notion d’apprentissage. La majorité des répondants admettent qu’il faut faire des efforts pour apprendre, mais, dans les faits, ils ne s’y appliquent pas. La réponse la plus fréquente par rapport aux moyens consentis à l’apprentissage s’articule ainsi : « Je vais me reprendre à l’autre session ». Cependant, l’étudiant demeure incapable de nommer des actions concrètes pour éviter d’autres échecs. Il demeure convaincu que la prochaine fois sera nécessairement la bonne.

 

« Je dirais qu’apprendre les choses, c’est d’abord faire des erreurs, c’est d’abord se tromper. Beaucoup se tromper parce que après ça tu, genre, on dit après que bon maintenant tu vas pouvoir faire ça, tu peux changer. »

« Oui ben, c’est beaucoup plus faire l’effort, beaucoup, beaucoup d’efforts… pis tout le temps me réveiller le matin (rires). »

Extraits d’entrevues avec les étudiants autochtones

 

PERSONNEL ENSEIGNANT:

L’apprentissage significatif

La moitié des enseignants rencontrés considère que les élèves innus apprennent plus lentement les concepts abstraits ou reliés à la discipline à laquelle ils sont inscrits. Ils supposent alors que ce décalage avec les élèves allochtones est l’une des principales conséquences de leurs difficultés à comprendre le français. Ils ajoutent qu’en dépit de cette lenteur et de leur compréhension difficile du français, les élèves autochtones remettent tout de même des travaux écrits d’une grande qualité, bien rédigés et qui respectent la syntaxe et les règles d’orthographe de la langue française.

 

Lors des manipulations en laboratoire, tous les enseignants concernés estiment que les élèves autochtones possèdent une meilleure dextérité et qu’ils s’appliquent plus que les élèves allochtones lors des expérimentations.

 

Les enseignants croient également que les élèves autochtones apprennent mieux par imitation et grâce à la répétition. Ils ont aussi remarqué que, lorsqu’ils travaillent en équipe uniquement avec des élèves autochtones, ils travaillent très bien et effectuent leurs apprentissages. Cela permet à certains d’inférer que l’intégration des apprentissages ne semble pas s’effectuer aussi bien lorsqu’ils sont avec d’autres élèves allochtones dans l’équipe.

« J’essaie toujours de faire un thème beaucoup plus concret tsé parce que j’sais que c’est des gens qui vont travailler avec des choses beaucoup plus concrètes. »

« Pis comme je te disais aussi tantôt là, tsé au niveau pédagogique là, il faut que ce soit assez concret là. Si euh c’est trop abstrait là, c’est plus difficile pour eux autres ».

Extraits d’entrevues avec les enseignants

 

PERSONNEL PROFESSIONNEL:

Des conditions adverses

Les professionnels rencontrés ont admis que les élèves autochtones ont, selon eux, besoin d’exemples concrets pour apprendre. Dans le cas où les élèves autochtones ont une dissertation à écrire, par exemple, il leur faut un modèle pour la rédiger. Les professionnels ont remarqué qu’ils doivent adapter leur vocabulaire de base et leur niveau de langage lorsqu’ils s’adressent à cette clientèle. Ils pensent également que l’apprentissage des mathématiques se réalise plus aisément, car il s’agit de concepts concrets. Quand ils doivent s’approprier des concepts abstraits, les élèves autochtones éprouvent plus de difficulté.

 

Certains professionnels, de par leur fonction, ont observé des comportements qui nuisent à l’apprentissage : remise des travaux en retard, procrastination pour les études, nombreuses absences, etc. Certains constatent que les élèves autochtones ne font parfois aucun travail à la maison. Toutefois, ils tempèrent leurs propos en ajoutant que les conditions pour étudier à la maison leur sont défavorables en raison des logis surpeuplés et des nombreuses responsabilités familiales. Deux répondants ont même ajouté que la meilleure solution serait de fermer leurs écoles à Pessamit pour qu’ils viennent étudier à Baie-Comeau. Certains professionnels ont aussi mentionné que les élèves autochtones sont très différents les uns des autres. En effet, à leur avis, il y a ceux qui apprennent très facilement et ceux qui apprennent difficilement. Aucun étudiant ne se retrouve entre ces deux pôles.

 

Les répondants concluent les échanges à propos de l’apprentissage en mentionnant que le fait de devoir constamment traduire les dires des enseignants du français à l’innu peut avoir un impact négatif sur les apprentissages des élèves autochtones. Ils notent à cet égard que les étudiants autochtones, en plus de maitriser difficilement la langue française, ne maitrisent pas beaucoup la langue innue. Ils recommandent donc fortement de valider, auprès des élèves autochtones, leurs besoins en ce qui a trait aux stratégies d’enseignement, d’apprentissage et d’encadrement.

 

« C’est nouveau pour eux autres, il y a peut-être des choses qui vivent ici, c’est nouveau et il faut qu’ils comprennent, pis faut qu’ils intègrent ça, je sais pas. »

« La question de langage c’est niaiseux, mais c’est vrai, adapter la communication, les niveaux des mots, il ne faut utiliser des mots trop difficiles au niveau du langage beaucoup. L’autre chose aussi, moi ce que j’ai pu remarquer, ils n’ont pas des conditions à la maison pour travailler, c’est ce que je pense, je ne suis pas allée chez eux, mais ils ne font jamais leurs devoirs, ça c’est clair. »

Extraits d’entrevues avec les professionnels

 

INTERVENANTS DE PESSAMIT:

Une vision holistique

Selon les intervenants de Pessamit ayant participé au groupe de discussion, l’apprentissage chez les élèves innus s’articule davantage autour des relations humaines et des enseignements faits par des membres de la communauté, qui diffèrent de ceux des Allochtones. Pour le jeune Innu, apprendre, c’est, par exemple, suivre les traces des ainés, s’initier à la survie en forêt, fabriquer des pièges, des canots en observant les autres, etc.

 

Les participants rappellent que le fait de fréquenter l’école est relativement récent dans la communauté autochtone, c’est-à-dire moins de cinquante ans. Les élèves autochtones qui fréquentent un établissement d’études supérieures sont donc caractérisés comme étant des pionniers, puisqu’ils sont les premiers, parmi les membres de leur famille, à fréquenter une telle institution.

 

Finalement, trois individus associés au milieu scolaire mentionnent qu’il ne faut pas oublier que l’apprentissage comprend également des composantes personnelles, notamment les capacités d’adaptation, d’intégration et la facilité à apprendre. Il ne faut donc pas oublier que les élèves de la communauté de Pessamit possèdent des caractéristiques individuelles, en plus de leurs caractéristiques culturelles.

 

Ils complètent leurs dires en affirmant que, selon eux, les parents « n’embarquent pas » et qu’ils se désengagent du cheminement scolaire de leur enfant. Ils sont d’avis que des actions doivent être mises en place au niveau de la communauté pour assurer une meilleure passerelle vers les études supérieures.

 

« Moi j’ai appris comme ça vraiment, à l’aide d’exemples j’ai beaucoup appris. Comme je disais, quand tu regardes quelqu’un poser un collet, tu vas l’apprendre parce que tu le vois. »

« Les autochtones sont plus visuels, auditifs, toucher, pratiques. »

« Moi j’aimais bien quand mes profs me sortaient toujours telles affaires l’important et là ils me faisaient des graphiques, ça me parlait beaucoup moi pour apprendre des données, des notions, des concepts. »

Extraits d’entrevues avec les intervenants

 

ÉLÈVES ALLOCHTONES:

Ils apprennent comme nous

Tous les étudiants allochtones rencontrés affirment ignorer comment les élèves autochtones apprennent. Ils ne croient pas qu’une différence reliée à l’ethnie de l’apprenant existe quant à ses façons d’apprendre. De leur point de vue, les élèves autochtones apprennent comme les élèves allochtones.

 

Invités à s’exprimer sur les défis que l’étudiant autochtone doit relever pour s’approprier les connaissances, les répondants demeurent vagues dans leurs réponses. Tout au plus, ils déduisent que la langue, l’éloignement géographique de sa localité, l’adaptation à un milieu culturellement différent et dominé par les Allochtones affectent probablement l’apprentissage de l’élève autochtone.

 

« C’est arrivé des fois qu’ils étaient moins prêts, mais en général, ça dépend de la personne, ça dépend du désir de la personne d’apprendre, de réussir. »

« Ils ne sont pas moins à l’ordre, ils font ce qu’ils doivent faire, ce qui est demandé. Ils n’en font pas plus que les autres en se disant parce qu’on est Autochtones on va en faire plus. Ils font comme nous autres, pareil. »

Extraits d’entrevues avec les étudiants allochtones


Extraits du rapport L’étudiant autochtone et les études supérieures: regards croisés au sein des institutions.

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