Caractéristiques de l’élève innu qui fréquente le Cégep de Baie-Comeau

Extraits du Guide d’intervention institutionnelle : pour favoriser la réussite éducative des étudiantes et des étudiants autochtones du Cégep de Baie-Comeau, de Nathalie Santerre.


 

Lors des entrevues réalisées auprès des étudiants innus, des informations intéressantes ont été recueillies. En général, les étudiants et les gens de la communauté de Pessamit que nous avons rencontrés se décrivent eux-mêmes ainsi [1].

 

1.1    La langue, c’est la culture

Les étudiants sont fiers d’appartenir à la nation innue.

Lors de toutes les rencontres avec les étudiantes et les étudiants innus, une réelle fierté ressort quant à leur origine autochtone et, plus particulièrement, au fait d’appartenir à la nation innue. Selon les répondants, la persistance de la langue innue explique cette fierté. Ils craignent néanmoins de la perdre et déplorent le fait qu’elle se modifie et n’est plus parlée de la même manière que chez les aînés de leur milieu.

 

Cette fierté s’exprime toutefois comme une évidence en soi. Les étudiants montraient souvent un visage étonné lorsque la question était abordée. De par leur attitude et leur réponse verbale, ils exprimaient que cette fierté d’être autochtone existe en eux de manière intrinsèque. Cela va de soi. Il n’est pas nécessaire de l’exprimer ouvertement aux autres.

 

1.2    50 ans pour s’adapter à la vie moderne et non pas 300 ans comme chez les Allochtones

S’adapter à la vie moderne tout en conservant et en mettant en valeur leur histoire, leur langue et leur culture représente un travail personnel et collectif.

Les étudiants rencontrés détiennent, de manière générale, une bonne connaissance des faits historiques entourant l’arrivée des Européens et des impacts de la Loi sur les Indiens sur leur histoire et leur évolution. Ils sont conscients qu’ils ont un travail personnel et collectif à réaliser afin de s’adapter à la vie moderne tout en conservant et en mettant en valeur leur histoire, leur langue et leur culture.

 

La « culture de fréquenter l’école » est relativement récente.

De leur côté, les gens de la communauté de Pessamit, qui ont été interrogés dans le cadre d’une rencontre de groupe, ajoutent que la « culture de fréquenter l’école » est relativement récente pour eux, puisqu’elle ne remonte qu’au début des années 1960. D’ailleurs, le titre de ce paragraphe, « 50 ans pour s’adapter à la vie moderne et non pas 300 ans comme chez les Allochtones », a été prononcé par l’un d’eux.

 

1.3    Le choc culturel : le cégep ou la planète Mars?

Un choc culturel puisqu’il s’agissait pour la plupart de leur premier contact avec un milieu allochtone où ils se trouvaient alors en minorité.

Tous les répondants ont affirmé que, malgré l’accueil qui leur a été réservé à leur arrivée au collège, ils ont ressenti un choc culturel. Pour la plupart, il s’agissait en fait de leur premier contact avec un milieu allochtone où ils se trouvaient en minorité. Tout autour d’eux, les gens s’expriment en français et agissent différemment des gens de leur culture. Un répondant a même dit que la seule manière de comprendre ce choc culturel, pour un Allochtone, serait de se rendre à l’école secondaire de Pessamit et d’y passer une journée seul.

 

L’enseignant doit être ouvert à leur culture et demeurer disponible pour répondre à leurs questions.

Toutes les personnes interrogées conviennent que le Cégep de Baie-Comeau permet des contacts personnalisés avec les enseignants et les responsables des services professionnels en raison de sa petite taille. Les étudiants aiment qu’on les interpelle par leur prénom, que le nombre d’étudiants dans les groupes soit restreint et que les groupes-classes soient hétérogènes. Les enseignants n’ont pas besoin d’être d’origine innue pour leur permettre d’acquérir des connaissances. Toutefois, l’enseignant doit être ouvert à leur culture et demeurer disponible pour répondre à leurs questions.

Cette situation est encore plus appréciée des répondants ayant fréquenté d’autres collèges, notamment dans la région de Québec. Ils affirment être revenus étudier à Baie-Comeau afin de retrouver cette intimité.

La possibilité de disposer d’un local attitré, afin que les étudiants autochtones se retrouvent entre eux, ne crée cependant pas l’unanimité. Les répondants sont partagés entre le besoin de se regrouper entre Innus au local et l’impression que ce lieu les ostracise davantage. L’endroit où il est situé et son aménagement physique, notamment en ce qui a trait aux petites fenêtres, jouent parfois sur leur désir de s’y rendre ou non.

 

1.4    Le silence, l’humour, le laconisme

Jusqu’au début des années 1960, les gens devaient demeurer sur la « réserve ».
Le gouvernement fédéral avait mainmise sur la politique et l’économie.

Les étudiants innus, de même que les gens de la communauté de Pessamit, associent ces caractéristiques comportementales à des antécédents historiques. Jusqu’au début des années 1960, les gens devaient demeurer sur la « réserve ». Selon les experts innus, personne ne pouvait entrer ou sortir sans l’autorisation de « l’agent des Indiens ». Les religieuses et le prêtre menaient l’éducation et la santé et contrôlaient même la vie personnelle des habitants de la communauté, tandis que le gouvernement fédéral avait mainmise sur la politique et l’économie.

Le silence et le laconisme leur permettaient de s’affirmer et de se distinguer dans toute cette adversité.

Ce contexte a contribué à forger des individus très résilients. Ils ont appris que le silence et le laconisme leur permettaient de s’affirmer et de se distinguer dans toute cette adversité. L’humour, par le fait même, a contribué à évacuer les tensions et les frustrations.

Selon les répondants rencontrés en entrevue et en groupe de discussion, l’Histoire marque toujours les jeunes de la communauté. Il arrive donc bien souvent que le personnel et les autres étudiants du collège se trouvent devant des gens silencieux, mais cela ne signifie aucunement qu’ils n’écoutent pas.

Ils craignent les préjugés et le racisme de la part des Allochtones et aussi, parfois, des gens de leur propre communauté.

De plus, ils craignent les préjugés et le racisme de la part des Allochtones et aussi, parfois, des gens de leur propre communauté. Cela explique donc leur laconisme et leur difficulté à s’engager dans leur projet d’études. Néanmoins, ils se disent pour la plupart conscients qu’ils sont les seuls responsables de leurs décisions et qu’ils doivent assumer les conséquences qui en découlent.

 

[1] Ces réponses ont été recueillies auprès de 25 individus. Il ne saurait être question ici de généraliser ces données. De plus, le lecteur doit se rappeler que chaque individu possède sa personnalité propre, peu importe son origine ethnique.

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