Développement pédagogique

 

Au cours de l’automne 2013, des expérimentations visant du développement pédagogique ont été réalisées au Cégep de Baie-Comeau.

Voici donc quelques activités qui ont été réalisées à la suite de la cueillette de données. Ces expérimentations auprès de la clientèle autochtone ont également servi à élaborer quelques éléments de contenu du guide institutionnel. La liste n’est pas une liste exhaustive. Elle est à titre indicatif seulement.

 

  • Rôle de la psychologue au cégep

La psychologue a présenté son rôle aux élèves autochtones lors du dîner d’accueil en septembre 2013. À la suite de cette activité, elle a noté une augmentation du nombre de consultations auprès de son service. De plus, elle considère que le jeu qui s’est déroulé durant le repas a permis un contact plus personnalisé entre les étudiants et le personnel qui leur offre des services. Elle nous suggère de poursuivre dans cette voie.

 

  • Foresterie: exposé oral 

L’enseignant avait deux étudiants dans son groupe en foresterie. Les deux élèves ont effectué leur présentation orale avec facilité tout en respectant les critères de présentation donnés par l’enseignant. Il n’y a pas eu de retard, de délai exigé ou de timidité. Au contraire, ils étaient plutôt volubiles. L’enseignant les a informés, à la suite de leur présentation, que leur travail faisait l’objet d’une expérimentation dans le cadre du projet UQAC. L’enseignant avait mis au point de nouveaux outils pour faciliter la préparation du travail en lien, notamment, avec les critères de présentation.

 

  •  Aide pédagogique pour la maîtrise de la langue : exposé oral

L‘intervenante a procédé à l’expérimentation à titre de conseillère pédagogique et de responsable de la qualité de la langue française au collège. Elle a animé un atelier portant sur la préparation et la présentation d’un exposé oral, secondée par L’aide pédagogique individuelle. À ce moment, les élèves ont reçu un signet sur lequel figurent les principales stratégies abordées au cours de l’atelier. Les participants ont été amenés à prendre conscience que tout au long de l’atelier, ils avaient, dans les faits, effectué la présentation d’un exposé oral. Cette prise de conscience les a rassurés quant à leurs capacités à réaliser un exposé oral. Ils ont participé activement et ont dit avoir apprécié la rencontre. À noter que les personnes qui ont assisté aux échanges n’étaient pas les mêmes que celles qui s’étaient inscrites au préalable.

 

  • Sciences humaines : travail en équipe et exposé oral

L’enseignante a demandé à ses élèves d’effectuer un travail en équipe pour le cours de cartographie. Il n’y a qu’une seule étudiante innue dans son groupe. Elle a donc dû « imposer » cette dernière à une équipe composée d’élèves allochtones. À quelques jours de la présentation, les élèves allochtones lui ont signifié que l’étudiante innue n’avait pas participé aux échanges et qu’elles souhaitaient avoir une note individuelle plutôt que de groupe. Lors de la présentation, l’élève innue s’est tenue en retrait et n’a pratiquement rien fait. Elle s’est très peu exprimée. Cependant, après la mi-session, l’élève innue a effectué un second exposé oral, seule, devant la classe. Il n’y avait alors plus l’exigence de le présenter en équipe. À ce moment, elle a bien performé et elle était à l’aise.

 

  • Psychologie des soins infirmiers : exposé oral

L’enseignante a demandé aux élèves de dévoiler un milieu de travail propre aux soins infirmiers. Sur une possibilité de quatre participantes autochtones, deux seulement ont pu réaliser l’exercice. L’exposé oral s’effectuait ici en individuel. L’enseignante avait également préparé une nouveauté pour cet exercice : tous les élèves disposaient de consignes écrites et d’une grille d’évaluation pour réaliser l’exposé oral. L’activité a connu un franc succès autant auprès des élèves autochtones que des élèves allochtones. Les deux élèves innues ont effectué une présentation de grande qualité.

 

  • Philosophie : introduction à l’argumentation

L’enseignant utilise Moodle pour mettre en place un forum qui permet les échanges autour des sophismes. Les élèves doivent, dans un premier temps, mettre en ligne un sophisme. Puis, ils doivent commenter les écrits d’un de leur collègue en explicitant quel type de sophisme ce dernier a présenté. Il y a toujours une partie théorique qui précède le laboratoire au local informatique. Par la suite, en classe la semaine suivante, les élèves rédigent un court texte sur le sujet. De manière générale, les élèves autochtones interagissent sur le forum plus tardivement que les élèves allochtones. Ils commentent le sophisme d’un de leur collègue (allochtone ou autochtone). Mais, comme leur participation arrive à la fin, ils reçoivent moins de rétroaction de la part des autres puisque l’activité est pratiquement terminée. Cet exercice prépare les élèves à l’argumentation formelle qui sera vue dans le cadre d’un autre cours de philosophie.

 

  • Aide pédagogique individuelle : atelier sur la gestion du temps

Un atelier a été offert dans le local innu. Quatre élèves étaient présents dont certains parce qu’ils étaient dans le local Les élèves ont semblé apprécier l’atelier. Durant l’atelier, ils devaient faire leur horaire de cours et placer l’horaire d’étude en ciblant quand les moments où étudier et quelle matière. Bonne participation de leur part. Elle offrait l’atelier en leur disant la date, l’heure et l’endroit, sans inscription préalable. Elle se demande si elle offrirait l’atelier au local innu ou dans un autre local (il y a un va et vient qui est dérangeant pour les élèves inscrits et la personne qui donne l’atelier).

 

  • Éducation physique : gestion du temps avec intégration de pratique en activité physique

Tout d’abord, une rencontre pour discuter de la gestion du temps. Cette étudiante semblait très bien gérer son temps. Elle était toujours à l’heure à ses cours, ses travaux étaient remis à temps (même parfois à l’avance). L’enseignante trouvait pertinent qu’elle lui donne ses moyens afin que qu’elle les suggère aux autres. Comme moyens, elle profitait de tous les moments de libres dans sa journée pour faire ses devoirs et études. Elle savait qu’une fois rendue à la maison, il serait difficile pour elle de mettre du temps pour l’école puisqu’elle devait s’occuper de son fils et de toutes autres tâches ménagères. Pour ce qui est de ses pratiques d’activité physique, elle jumelait ses pratiques à un moment passé en famille. Elle allait prendre des marches avec son fils et son conjoint. Il est évident que la dépense énergétique n’était pas très élevée mais au moins, elle prenait le temps de le faire et du même coup, elle intégrait une routine d’activité physique à son fils.

 

  • Littérature : exposé oral avec des consignes écrites et précises aux élèves

L’enseignante considère que cela les a aidés, car ils ont tendance à ne pas faire les oraux. Mais, en raison de la formule de ces oraux, elle a cru voir plus de motivation et moins de stress chez les étudiants innus. Pour tous les étudiants, faire un exposé oral est une évaluation stressante. En choisissant cette formule, elle avait l’impression que l’exposé oral est devenu une expérience moins négative et même motivante quand elle pense au deuxième oral qu’ils ont fait où ils devaient débattre en incarnant des personnages.

 

  • Soins infirmiers : préparation à l’examen

Lors de l’examen final, répondre à la 1re question avec les élèves en classe. Les élèves étaient contentes que cette mesure soit prise afin de répondre à la question ensemble. Pour la plupart, les élèves ont dit que le fait de faire cette question ensemble avait diminué leur anxiété face aux questions. L’enseignante croit aussi que cela a diminué l’anxiété des élèves face aux questions d’examen que cela a permis de récolter de meilleurs résultats. Selon elle, « ça permet de créer une relation de confiance avec les élèves en leur montrant qu’on se soucie de leur réussite ». Malheureusement, les deux étudiantes autochtones n’étant plus dans le groupe, l’expérimentation s’est faite avec des étudiantes allochtones (abandon 2 semaines environ avant l’examen final).

 

  • Techniques d’éducation spécialisée : concepts abstraits en communication aidante

Cette enseignante en Éducation spécialisée avait remarqué que les élèves innus éprouvent des difficultés à saisir le sens des concepts abstraits en communication comme l’empathie, la spécificité, le reflet de sentiment. Elle a alors mis en place une activité pédagogique qui s’adresse à toute la classe. En dyade, les étudiantes élaborent un scénario de relation d’aide. Elles se filment ensuite au moment où elles réalisent leur entrevue aidante. Le but est d’illustrer concrètement des concepts abstraits. Par la suite, les élèves conçoivent un lexique qui définit les concepts abstraits en relation d’aide. Les dyades échangent entre elles ce lexique. Cette activité s’est avérée profitable. Elle a été appréciée de tous les étudiants, pas seulement auprès des étudiantes innues.

 

  • Réalisation d’une journée pédagogique

Le 17 octobre 2013, une journée pédagogique s’est déroulée au Cégep de Baie-Comeau. La chargée de projet a présenté les résultats de l’analyse et de l’interprétation des données pour le collège. Deux représentants de l’UQAC ont assisté à la séance et ont participé aux échanges avec le personnel. Il est intéressant de souligner, dans ce cas-ci, le fait que l’un des représentants de l’UQAC est lui-même Innu et originaire de la communauté de Pessamit. Il a également œuvré dans le domaine de l’enseignement.

Par la même occasion, nous avons organisé deux activités où les participants ont été invités à échanger sur les stratégies pédagogiques utilisées dans leur classe et qui se veulent efficaces pour les élèves autochtones. De même, nous avons proposé un sondage auprès des membres du personnel afin de connaître leurs attentes face au format et au contenu du Guide d’intervention institutionnelle.

Cette journée pédagogique s’est conclue par la présentation d’un « Wordle ». Chaque participant devait écrire le mot qui l’avait le plus touché ou marqué au cours de la journée. L’image de ce Wordle se retrouvera dans le Guide d’intervention institutionnelle. À titre informatif, les trois mots mentionnés le plus souvent sont : apprentissage, respect et accueil.

Wordle

Le repas du midi a été offert par les gens de la communauté de Pessamit. Ainsi, le personnel du collège a pu apprécier la cuisine innue. Nous souhaitions que des étudiantes et des étudiants innus se joignent à cette rencontre. Malheureusement, cela s’est révélé impossible, car les étudiants se trouvaient en semaine de relâche à ce moment et il leur était difficile de se déplacer au cégep.

 

  • Activité de formation – Atelier sur la langue innue

Lors de la présentation des résultats de la recherche, au moment de la journée pédagogique, des questions ont surgi en lien avec la langue innue. Afin de répondre à cette demande, un atelier portant sur celle-ci a été offert au Cégep de Baie-Comeau. La formation sur les particularités de la langue innue était animée par Yvette Mollen et Hélène Saint-Onge de l’Institut Tshakapesh à Sept-Îles. À noter que des policiers de la Sûreté du Québec qui œuvrent auprès des communautés autochtones se sont joints à nous dans le but d’améliorer la qualité de leurs interventions auprès de cette population.

 

  • Possibilité d’instaurer un cours de français adapté à la clientèle autochtone

Plusieurs étudiants innus ont exprimé vivre des difficultés avec la langue française. Cette dernière étant leur deuxième langue, plusieurs tentent de traduire systématiquement le français en innu. Certains ne maîtrisent pas suffisamment les règles d’usage relatives au français que ce soit à l’écrit ou à l’oral. Devant cela, le cégep de Baie-Comeau a voulu offrir aux étudiants innus des ateliers de français. Une proposition a été faite aux étudiants innus. Quelques-uns ont manifesté un intérêt à parfaire leurs connaissances à l’égard de la langue française en s’inscrivant aux ateliers. Toutefois, lors de la tenue du premier atelier, personne ne s’est présentée. Une deuxième tentative a été faite mais sans succès. L’idée des ateliers a donc été abandonnée. La direction du cégep a également envisagé d’offrir des cours de français selon l’approche utilisée en enseignement d’une langue seconde. Le Centre Nikanite avait déjà développé ce genre d’expertise auprès des étudiants autochtones puisqu’il avait déjà offert un programme ayant pour but « d’améliorer les compétences linguistiques des étudiants autochtones afin de les rendre davantage aptes à produire des documents écrits qui correspondent aux normes de la langue française. Ce programme se veut innovateur parce qu’il tient compte du fait que le français est pour la majorité d’entre eux une langue seconde et que, par conséquent, les contenus des cours sont conçus dans cette perspective et selon des méthodes propres à l’enseignement des langues secondes. »[1] L’idée retenue était d’offrir quelques cours aux étudiants du cégep en collaboration avec le Centre Nikanite. Toutefois, comme ces cours seraient offerts sur une base volontaire et que le nombre d’étudiants potentiels inscrits en première année est faible, il y avait là un risque de vivre le même résultat que celui des ateliers, et par conséquent, ne pas pouvoir assurer le financement de la ressource enseignante du Centre. Un engagement financier ou autre serait nécessaire de la part des étudiants innus intéressés à améliorer la langue française afin d’assurer leur présence aux cours. Un soutien financier externe serait sans doute nécessaire pour offrir ce genre d’activité à un petit groupe.

 

  • Stage d’une finissante à la maîtrise en sciences de l’orientation

La recherche a eu des répercussions inattendues dans notre collège. Ainsi, une finissante à la maîtrise en sciences de l’orientation a pris connaissance de certains résultats obtenus dans nos travaux. Lorsqu’elle a constaté que les étudiants du secondaire de Pessamit ne recevaient pas les services d’un conseiller en orientation, elle a proposé de réaliser son stage là-bas. Elle a été soutenue dans ses démarches par la conseillère en orientation du collège et la chargée de projet à Baie-Comeau.

 

  • Mise en place du comité pédagogique innu

La recherche a mis en évidence la fragilité de la passerelle secondaire-cégep pour les élèves autochtones. Des échanges auprès des élèves autochtones, des enseignants, des professionnels du collège ainsi que des membres de la communauté de Pessamit ont permis la mise sur pied d’un comité pédagogique.

 

[1] http://programmes.uqac.ca/0676 Programme court de premier cycle en français écrit langue seconde pour les Premières Nations. Centre des Premières Nations Nikanite

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